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Est-ce que vous savez qu’il ne reste que trois moulins à eau présentement dans les Quatre Lieux? Deux sont situés à Saint-Césaire et l’autre à Rougemont. Tous ces moulins sont des propriétés privées. De par sa fonction, le moulin fut un élément indispensable de la vie de nos ancêtres. Sous le régime français, le seigneur se devait de posséder un moulin dans sa seigneurie où les censitaires allaient obligatoirement faire moudre le blé. Les moulins qui nous intéressent ici, furent construits dans la première moitié du 19e siècle et ils servirent à bien d’autres utilisations que moudre le blé. Nous vous ferons découvrir l’historique de chacun d’eux.

Le moulin de Jean Leclerc (nom du propriétaire actuel) fut construit en 1829 par Philippe Foisy, habitant du rang des Quarante de Chambly. Il ne s’établit sur sa nouvelle propriété que 18 mois plus tard, son moulin était construit en bois sur un solage de pierres. La construction de ce moulin répondait à un réel besoin de la population qui continuait de progresser par l’ouverture de nouveaux rangs dans la paroisse. Selon l’acte notarié, il devait payer au seigneur Debartzch une rente annuelle de 25 louis pendant 20 ans en retour de l’usage exclusif du moulin.

Le 6 septembre 1845, à l’âge de 63 ans et 11 mois, le seigneur Pierre-Dominique Debartzch décède et c’est sa fille Marie-Cordélie épouse du comte de Rottermund polonais exilé au pays, qui hérite de cette partie de Saint-Césaire. Celle-ci laissa à Foisy l’usage du moulin moyennant la même rente, soit 25 louis annuellement.

À l’automne 1854, l’honorable Mondelet, juge de la Cour supérieur de Trois-Rivières se porte acquéreur de cette partie de l’ancienne seigneurie de Debartzch. Il exige aussitôt qu’on lui remette le moulin. Il entreprend alors de reconstruire le moulin en pierres des champs et d’apporter des améliorations techniques à celui-ci. Il ajoute aux moulanges existantes des machines à carder la laine. Il donne ce contrat à un nommé Antoine Robert le 13 mars 1855, pour la somme de 670 louis et il confie la gestion de ce moulin à son gendre Jules Lamothe qui était aussi son agent dans la seigneurie.

Le 9 décembre 1870, le moulin est vendu par l’autorité du shérif du district de Saint-Hyacinthe. Louis Dubreuil banquier de Saint-Césaire s’en porte acquéreur et le même jour il revend celui-ci à M. Georges Angers, le premier de la lignée des meuniers Angers qui vont se succéder pendant des décennies à la tête de ce moulin de la rivière Barbue. En effet, c’est son fils Philippe qui prend la relève en 1901, pour à son tour le léguer à son garçon Georges-Henri en 1919, lequel à son tour le passait à son fils René en 1955. Il sera le dernier des meuniers Angers à faire tourner la grande roue à godets. Le progrès étant indéniable, la grande roue sera remplacée dorénavant par des moteurs diesel puis par l’électricité qui feront actionner les moulanges jusqu’au début des années 1970.

Monsieur Jean Leclerc devint propriétaire du moulin le 19 mars 1976 et au fil des ans le transforma en une habitation moderne tout en respectant le cachet et les particularités du moulin. Il a sauvé ce monument unique des Quatre Lieux. Bravo! pour cet amour du patrimoine.

Gilles Bachand

Références:

Mme Lucille G. Angers

Desnoyers, Isidore Histoire de la paroisse de Saint-Césaire, transcription et annotation de l’abbé P.-M. J. Benoit, Saint-Hyacinthe, 1930, p. 111-113

La Revue Historique Les meuneries Angers, Saint-Césaire, 19??.

Traversy, Léo La paroisse de Saint-Damase, Saint-Damase, 1964, p. 460 et 461.

Adam-Villeneuve, Francine et Cyrille Felteau Les moulins à eau de la vallée du Saint-Laurent, Montréal, Éditions de l’Homme, 1978, 476 pages.

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